
Kinshasa, le 22 octobre 2026. Le ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, a plaidé pour la mise en place de mécanismes de financement durables afin de faciliter l’accès des Congolais à un logement décent et abordable. Il s’exprimait à l’occasion de l’atelier de validation du rapport sur la Stratégie nationale de financement du logement abordable en République démocratique du Congo (SNAFIL), organisé à Kinshasa.
Au cœur de cette initiative figure la transformation envisagée du Fonds national de l’habitat (FONHAB), créé en 2018, en une véritable Banque publique de l’habitat. Cette réforme ambitionne de doter le pays d’un instrument financier capable de mobiliser des ressources importantes et de soutenir durablement la politique nationale du logement.
Un déficit estimé à quatre millions de logements
Dans son allocution, Alexis Gisaro a rappelé l’ampleur du défi auquel fait face la RDC, dont le déficit national en logements est estimé à environ quatre millions d’unités. Avec une population dépassant les 116 millions d’habitants et une urbanisation en forte progression, le pays doit répondre à des besoins croissants, aggravés par la précarité des conditions de logement, l’insuffisance des infrastructures et l’expansion de l’habitat informel.
Pour le ministre d’État, le logement ne saurait être réduit à une simple question de construction. Il constitue également un enjeu de dignité humaine, de justice sociale, de sécurité et de cohésion nationale.
« Notre principal défi n’est pas uniquement de construire davantage de logements. Il est de faire en sorte que ces logements soient financièrement accessibles à ceux qui en ont le plus besoin », a-t-il souligné en substance.
Cette approche place le financement au centre de la politique nationale de l’habitat, dans un contexte où de nombreux ménages peinent à accéder aux solutions immobilières adaptées à leurs revenus.
Le FONHAB appelé à devenir un levier financier majeur
L’une des principales orientations défendues par Alexis Gisaro concerne la transformation du FONHAB en Banque publique de l’habitat. Confronté à l’insuffisance de sa dotation initiale et de ses moyens financiers, le Fonds n’a pas disposé des ressources nécessaires pour répondre à l’ampleur des besoins nationaux.
La future institution devrait permettre de dépasser une logique de financement limitée pour développer une capacité de mobilisation de capitaux publics et privés. Elle pourrait notamment contribuer au développement du crédit immobilier à long terme, à la promotion de l’épargne-logement, à la mise en place de mécanismes de garantie et à la mobilisation de financements destinés aux projets immobiliers.

Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité d’une réforme reposant sur un modèle économique viable, des ressources clairement identifiées, une gouvernance rigoureuse et des mécanismes réguliers de suivi et d’évaluation.
L’objectif est de faire de cet instrument un véritable levier au service des ménages, des promoteurs immobiliers et des investissements structurants dans le secteur de l’habitat.
Une ambition inscrite dans le Plan décennal 2026-203
La stratégie nationale de financement du logement abordable s’inscrit dans le cadre du Plan décennal 2026-2035, qui vise à réduire de 50 % le déficit en logements décents à l’horizon 2035.
Pour atteindre cet objectif, Alexis Gisaro a appelé à traduire les orientations stratégiques en programmes opérationnels assortis de financements mobilisables, d’indicateurs de performance et d’un dispositif de suivi régulier.
Le document soumis à validation préconise une approche intégrée dans laquelle les ressources publiques, les financements privés, l’épargne des ménages et les concours des partenaires au développement pourraient être mobilisés de manière complémentaire.
Cette stratégie devra également tenir compte des réalités sociales congolaises, notamment de la place importante qu’occupe l’autoconstruction dans l’accès au logement. Le ministre a ainsi insisté sur la nécessité d’accompagner cette pratique par des solutions financières adaptées et un meilleur encadrement, dans le respect des exigences de l’urbanisme et de la construction.
Une mobilisation interministérielle et des partenariats renforcés
Pour Alexis Gisaro, la réussite de cette réforme dépendra de la capacité des institutions à travailler de manière coordonnée. Le financement du logement abordable ne relève pas uniquement du ministère de l’Urbanisme et Habitat, mais exige une collaboration étroite avec les ministères des Finances, du Budget et des Affaires foncières, la Banque centrale du Congo ainsi que l’ensemble des institutions concernées.
Le partenariat avec les établissements financiers, les promoteurs immobiliers, les professionnels du secteur, la société civile et les partenaires techniques et financiers est également présenté comme un facteur déterminant.
Le ministre d’État a salué, à cet effet, l’accompagnement d’ONU-Habitat ainsi que la contribution des experts nationaux et internationaux à l’élaboration du rapport. Il a également souligné l’importance de la collaboration avec des partenaires tels que la Société financière internationale, Shelter Afrique et la Banque mondiale.
Au-delà du financement des bâtiments, il a plaidé pour que la production de logements soit accompagnée d’infrastructures indispensables, notamment les routes, l’eau potable, l’électricité, l’assainissement et les équipements sociaux.
Vers une nouvelle étape de la politique nationale de l’habitat
En invitant les participants à examiner le rapport avec rigueur et responsabilité, Alexis Gisaro a rappelé que sa validation ne constituait pas une fin en soi, mais devait ouvrir la voie à une mise en œuvre progressive, effective et évaluée des recommandations.

L’ambition affichée est de construire non seulement des logements, mais aussi des quartiers viables, des villes fonctionnelles et des cadres de vie dignes pour les populations.
À travers la Stratégie nationale de financement du logement abordable, le gouvernement entend ainsi poser les bases d’un système financier plus adapté aux réalités congolaises et faire du logement un levier de développement territorial, de création d’emplois et de croissance inclusive.
Le défi sera désormais de transformer ces orientations en résultats concrets pour les millions de Congolaises et de Congolais en quête d’un habitat décent.




