
Kinshasa : jusqu’à quand l’impuissance des autorités face à l’insécurité ?Kinshasa étouffe. Kinshasa a peur. Et Kinshasa s’interroge : jusqu’à quand les autorités urbaines vont-elles continuer à observer, sans agir efficacement, la dégradation alarmante de la situation sécuritaire dans la capitale ?Aujourd’hui, la question de la responsabilité du gouverneur Daniel Bumba et du commandement de la police urbaine ne se pose plus en coulisses — elle est désormais publique, assumée et pressante. Dans tout État qui se respecte, l’échec à assurer la sécurité des citoyens entraîne des conséquences politiques. Pourquoi pas à Kinshasa ?Une capitale livrée aux criminelsBraquages à répétition, vols à main armée en plein jour, assassinats de paisibles citoyens… La peur est devenue le quotidien des Kinois. Pire encore, ces actes se déroulent parfois sous le regard impuissant des forces de l’ordre.Ce constat est accablant : l’appareil sécuritaire semble dépassé, désorganisé, voire absent dans certaines zones de la ville.Le drame survenu à Yolo, où un citoyen a perdu la vie sans qu’aucune suite sérieuse ne soit donnée, reste gravé dans les esprits. Comme un symbole de trop. Comme un signal d’alarme ignoré.Et voilà qu’à Delvaux, en pleine journée, des criminels opèrent tranquillement dans un commerce, repartant avec de l’argent sans être inquiétés.À ce stade, il ne s’agit plus de faits isolés, mais d’un système d’insécurité qui s’installe.Quand la capitale ressemble aux zones abandonnéesPendant que l’on dénonce, à juste titre, l’absence de l’État dans l’Est du pays, Kinshasa commence à présenter des signes inquiétants de faiblesse institutionnelle.La question est brutale, mais légitime : si l’État n’arrive pas à sécuriser sa propre capitale, que reste-t-il de son autorité ailleurs ?Cette situation met à nu une réalité dérangeante : l’État semble perdre progressivement sa capacité à imposer l’ordre, même là où il est censé être le plus fort.Une gouvernance en panneMais l’insécurité n’est que la partie visible d’un mal plus profond. Embouteillages interminables, érosions non maîtrisées, désordre administratif, tracasseries routières, montée du phénomène des « kuluna »…Kinshasa donne aujourd’hui l’image d’une ville sans pilote.Ce n’est plus seulement une crise sécuritaire. C’est une crise de gouvernance. Une crise d’autorité. Une crise de vision.Un silence qui dérangePendant que la population s’inquiète et s’indigne, les autorités, elles, brillent par leur silence. Le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, est particulièrement attendu sur cette question.Mais jusqu’ici, aucune réponse forte, aucune mesure visible, aucun signal rassurant.Ce silence commence à être interprété comme de l’inaction. Et l’inaction, dans un contexte pareil, devient une forme de responsabilité.Démission ou sursaut ?Faut-il exiger la démission du gouverneur Daniel Bumba et la suspension du commandant de la police ? Pour beaucoup, la réponse est oui. Car gouverner, c’est assumer. Et assumer, c’est aussi savoir partir lorsque les résultats ne suivent pas.Mais au-delà des hommes, c’est tout un système qui doit être remis en question :manque de moyens, défaillance de coordination, justice inefficace, absence de stratégie claire.Changer les visages sans réformer le fond ne ferait que repousser le problème.L’heure des décisionsLe Chef de l’État, Félix Tshisekedi, ne peut plus ignorer le malaise grandissant. En tant que garant du bon fonctionnement des institutions, il lui revient de prendre des décisions fortes, visibles et immédiates.Car une chose est certaine : Kinshasa ne peut pas continuer ainsi.L’histoire a montré que lorsque l’insécurité s’installe durablement, c’est toute la légitimité de l’État qui vacille. Et lorsque la confiance disparaît, le chaos n’est jamais loin.Kinshasa mérite mieux. Les Kinois méritent mieux.Prince Kasongo




